La nuit tombée, les éclairages allumés!
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L’obsession des pieds

Une exposition originale à Rabat jusqu’au 2 août

 

«Filmer des pieds et exclusivement des pieds, c’est considérer que le visage n’est pas à lui seul représentatif du sujet», c’est ainsi qu’explique Bénédicte Mouëza, artiste française, son exposition vidéo, qui a démarré le 3 juillet à la galerie Mohamed El Fassi à Rabat, et qui se poursuivra jusqu’au 2 août. L’exposition est conçue en fait comme un dispositif organisé autour de la présentation d’une série de 14 tableaux et de vidéos dans un environnement sonore. En fait, il s’agit d’un ensemble combinant son, vidéo et peinture. Des images représentant les pieds des passants sont projetés en boucle dans des vidéos agrandies sur des bâches. Ce dispositif est le résultat d’un échange artistique entre elle et l’artiste peintre Emmanuel Barrat, tous les deux travaillant en binôme depuis plusieurs années. Ils se sont immergés ensemble dans la vie sociale et active de Rabat, ce qui a été pour eux une grande source d’inspiration. Installés au dernier étage d’un immeuble ancien d’une rue commerçante et passante, pleine d’activités, ils se sont bien imprégnés de l’ambiance du lieu, ce qui leur a permis de laisser libre cours à leur créativité.

Pendant qu’Emmanuel peignait des tableaux très colorés -exprimant par la couleur le bruit et l’animation de la ville-, Bénédicte, elle, passait son temps à filmer les pieds des passants, par le biais d’une caméra cachée. «J’ai focalisé mon travail sur les pieds parce qu’ils sont indispensables à l’activité humaine, même s’ils sont paradoxalement jugés peu dignes d’attention.

De plus ils renseignent d’une autre manière que ne le ferait le visage». En effet, indique encore Bénédicte, ils informent en partie sur ce qu’ils portent. A les voir, on peut deviner l’âge de la personne, savoir si le corps est fatigué, lourd, jeune ou fringant. La démarche laisse deviner une activité professionnelle, domestique ou sociale. Les chaussures, compléments aussi indispensables à la protection du pied qu’au confort de la marche, autant qu’accessoires de mode, dévoilent l’attention portée à l’apparence. «J’ai pu saisir avec ma caméra des fragments de vie d’une population affairée et le résultat est assez surprenant», fait-elle remarquer.

Bénédicte Mouëza a étudié l’architecture à l’école d’architecture de Paris La Villette et les arts plastiques à l’université de Paris 8 Saint-Denis. Elle partage son temps entre Puteaux où elle réside et son atelier à Blérancourt. Elle a à son actif de nombreuses expositions de peinture et de vidéos.

 

Nadia BELKHAYAT