La nuit tombée, les éclairages allumés!
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Emigration saisonnière d’un artiste Picard au Maroc

 

Pourquoi le Maroc ?

 

C’est un pays auquel je suis très attaché depuis ma plus tendre enfance. Mes parents ont beaucoup fréquenté de marocains, de véritables amis et se sont beaucoup impliqués dans l’histoire de ce pays en France. Je me suis rendu une vingtaine de fois au Maroc dans ma jeunesse où j’ai eu l’occasion d’y séjourner dans leurs familles. Depuis, j’ai gardé ce lien avec le Maroc ; j’y ai toujours beaucoup d’amis que j’ai le plaisir de recevoir chez moi en Picardie comme d’être reçu chez eux au Maroc.

Les marocains ont pour moi un sens de l’hospitalité et de l’accueil inégalé. J’admire leur culture extraordinaire ainsi que leur culture française exceptionnelle.

 

Emigration saisonnière. ..

 

J’ai employé le terme saisonnier pour avancer une idée de cycle.

En effet, je me suis rendu une première fois à titre d’expérience pour décorer la villa de la maison blanche à Temara. Durant ce séjour, j’avais été invité à exposer ces travaux à l’hôtel Amphitrite.

Un an plus tard, grâce à l’appui du conseil régional de Picardie, je me suis rendu au Maroc pour une seconde fois, pour y réaliser une dizaine de tableaux de 1m2 et trouver un lieu d’exposition.

 

Comment avez vous envisagé votre travail ?

 

Avant de partir, je me suis préparé. C’est à dire qu’en dehors de prévoir tout le matériel nécessaire à la réalisation de mes toiles, j’avais aussi préparé des fonds car je ne travaille jamais sur une toile vierge et blanche.

Je procède par accumulation de glacis successifs qui finissent par créer des matières et devenir la matière de ma création.

 

L’impact du Maroc sur ma peinture

 

La peinture est pour moi un moment d’expression particulier que je réalise dans des conditions précises, quasi rituelles : avec de la musique et dans un certain isolement dans mon atelier.

Je fais de la peinture abstraite, je ne travaille donc ni sur le motif ni avec la lumière. A Rabat, j’ai travaillé avec les sons qui montaient de la rue. Nous étions au dernier étage d’un immeuble ancien d’une rue commerçante et passante, pleine d’activités. Le souffle de la ville, de la médina toute proche remplaçait pour moi toutes les musiques et toutes les images.

La générosité, la chaleur humaine et le respect qui m’ont entouré ont constitué des conditions idyllique de travail. J’ai pu m’imprégner de l’ambiance et arriver ainsi à une concentration très intense sur mon travail tout au long de la journée et parfois de la nuit.

J’ai essayé d’exprimer les sons que j’entendais et ce rythme de la vie dans cette série de 14 tableaux que j’ai réalisé.

 

Mes conditions de travail

 

D’ordinaire, j’œuvre à plat. Il m’a été aisé de créer un plan de travail pour retrouver de bonnes conditions de travail.

Travailler dans un lieu qui n’est pas le sien reste une gageure. La grande pièce que j’avais transformé en atelier, sentir son carrelage blanc sous mes pieds, baisser un peu les stores parce que la lumière et le soleil étaient trop intenses à l’extérieur, tous ces éléments ont constitué des sensations kinesthésiques qui m’ont aussi alimenté.

J’y ai trouvé une forme de bonheur et de liberté qui permettent ces grands geste rythmés qui fond ma peinture.

De même, cette immersion dans la vie sociale et active à Rabat a été un moteur. J’y ai fait fabriquer les châssis des toiles que j’avais réalisées en faisant appel à un artisan que je connaissais déjà et qui travaille pour beaucoup d’artistes marocains.

J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer un collectionneur passionné, d’autres artistes qui ont rendu ce séjour très instructif et intéressant.

 

Mon travail

 

Je n’ai pas peins les toiles les unes après les autres. Il s’agit plutôt d’une peinture qui met en relation les toiles les unes avec les autres. Cela créé plutôt un ballet où les toiles sont tour à tour déplacées, regardés, commentées, requérant une intervention sur une puis sur l’autre, sur l’une et l’autre. Très vite, des séries sont apparues.

Faire une série, c’est construire une histoire, c’est une forme d’écriture. J’ai écris une histoire avec 14 tableaux, celle que j’avais en moi à ce moment là. Certes, je travaille habituellement par périodes et par séries. Cependant cette série là est pour moi la plus aboutie.

Et à ma grande surprise, je me suis découvert une autre peinture. La dernière série sur laquelle j’avais travaillé était exclusivement à base de bleu de cobalt. Les couches superposées, si elles amenaient une texture et une matière très riche n’en rendaient pas moins les tableaux sombres pour autant.

Au contraire, cette dernière série est très colorée. J’y ai même utilisé des couleurs totalement inhabituelles pour moi, particulièrement le vert.

Peut-être est-ce là l’effet du dépaysement, de cette immersion que j’ai tant appréciée. En tout cas, je souhaite à tout le monde de voyager.