La nuit tombée, les éclairages allumés!
La nuit tombée, les éclairages allumés!

Cher Emmanuel Barrat,

Tes tableaux me touchent parce que j’y retrouve sans faux-fuyants deux composantes essentielles dans la peinture : la décoration et la couleur. L’autoritarisme de certains discours a fait en sorte que les critiques et les peintres bannissent du jugement qu’ils prononcent sur une œuvre d’art valable le mot décoration. Les seules fois où les critiques se permettent de l’utiliser, c’est pour signifier que le tableau est dénué de charge affective, de choc émotionnel, de force d’appel. Dire d’un tableau qu’il est décoratif, c’est l’embaumer dans le silence, le paralyser sur un coin, lui décerner un certificat d’immobilité et d’inutilité, puisqu’il ne sert à rien excepté le fait d’être là pour couvrir de façon agréable une partie du mur.

Or, tes œuvres sont décoratives sans cesser de nous mettre au cœur du mystère de la peinture : des couleurs sur une surface plane, parfaitement gratuites, ne servant à rien, sinon à nous en mettre pleins les yeux. J’aime beaucoup ta façon frontale de peindre pour faire beau sans chercher à te réfugier derrière des procédés qui porteraient à croire qu’au lieu de faire des œuvres décoratives, tu crées un art tectonique, tu donnes à voir le désagrément des cellules ou recrées un big-bang à l’échelle d’une molécule. Les métaphores ne servent qu’à donner de l’extension aux mots qui accompagnent la peinture.

L’autre composante qui me plaît dans tes tableaux est la couleur. C’un feu d’artifice (oui on ne peut échapper aux métaphores quand on parle de peinture), un déchaînement serein de couleurs chaudes et volcaniques.

Garde surtout ta sincérité de faire.

 

Aziz Daki